Chronologie d’un scandale d’État : quand les faits dépassent la fiction (première partie : janvier-octobre 2020)

La France a connu la première partie de l’année 2020 une pandémie exceptionnelle dans son histoire. Lors de cette crise, des milliers de blouses blanches ont été envoyées combattre le virus sans matériel et des millions de français-es ont été abreuvé-es d’informations fausses et contradictoires. Entre amateurisme et négligences, entre mensonges et rétention d’informations, cette chronologie sourcée et documentée offre à celui qui cherche la vérité un retour sur l’incroyable enchaînement des faits, des positions, des décisions et des déclarations des dirigeant-es français-es qui ont conduit et participé à ce scandale sanitaire. Ce travail se consacre à la révélation de ce scandale d’État et de la réalité des individus qui gouvernent la France.

Bonne lecture

par Lucien Cavelier

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  • Du 3 au 11 janvier : la revue Science fait le point et parle pour la première fois d’une pneumopathie nouvelle apparue en Chine dans la ville de Wuhan. Nous apprenons dans ce laps de temps que les chercheurs chinois ont déjà isolé le virus, mis au point un test de dépistage et partagé le séquençage génétique du virus avec le reste de la communauté scientifique mondiale.
  • 11 janvier : c’est le jour ou Agnès Buzyn envoie un message à Edouard Philippe et Emmanuel Macron pour les informer de la situation et sa potentielle gravité. Information que nous avons eu après-coup lors des révélations d’Agnès Buzyn au journal Le Monde.
  • 14 janvier : Une note précoce de la direction générale de la santé mentionne déjà l’idée d’une propagation probable du virus et le port nécessaire du masque pour toute suspicion ou présence de signes cliniques évocateurs du Covid-19. Une partie de la note est explicite : “De façon générale, il est rappelé que la prise en charge d’un patient présentant des signes respiratoires infectieux doit s’accompagner de la mise en place de protection chez le patient (masque chirurgical) et le professionnel de santé (masque, lunettes et hygiène des mains)”.
  • 22 janvier (cas positifs 3 ; décès 0) : la mission COREB nationale qui est spécialisée dans le risque épidémique et biologique publie ses recommandations et ses informations concernant l’épidémie imminente de Covid-19. Elle préconise notamment le port du masque dès la présence ou la suspision de fièvre et de toux.
  • 24 janvier (cas positifs 3 ; décès 0) : nous constatons les premiers malades sur le sol français. Dans le même temps, lors d’un point presse A. Buzyn déclare que “le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul”.
  • 26 janvier (cas positifs 3 ; décès 0) : invitée du Grand Jury RTL, A. Buzyn toujours assure que les stocks de masques sont pleins et prêts pour l’émergence d’un virus, que les autorités pourront distribuer le masque si besoin mais que dans tous les cas ils ne servent à rien. À écouter ci-dessous :
  • 29 janvier (cas positifs 3 ; décès 0) : l’ancien secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale Louis Gautier alerte les médias sur la situation concernant la crise à venir et s’alarme de l’absence de mesures au plus haut niveau de l’État.
  • 30 janvier (cas positifs 6 ; décès 0) : toujours selon les déclarations de A. Buzyn dans l’après coup au journal Le Monde, elle déclare ce jour à E. Philippe que les élections municipales ne pourront “sans doute pas se tenir”.

Le même jour, dans un article de Science, la revue rapporte que l’OMS considère le coronavirus comme une urgence de santé publique au niveau mondial alors que la maladie à ce jour du jeudi 30 janvier s’est déjà propagée dans 18 pays, compte 8000 cas positifs et 170 décès sur le globe.

  • 31 janvier (cas positifs 6 ; décès 0) : Marie Fontanel, conseillère santé du président de la République depuis le début du quinquennat, quitte l’Élysée le 31 janvier alors que l’OMS vient de déclarer « l’urgence de santé publique de portée internationale ».
  • Du 5 février au 11 février (cas positifs 11 ; décès 0) : la revue Science révèle que des patients asymptomatiques risquent d’être contagieux et évoque le risque de pandémie. “Le nouveau coronavirus sera-t-il contenu ou évoluera-t-il en pandémie ?” titre-t-elle. Dans le même temps, des journalistes font état des premières pénuries de tests de dépistage “pour le nombre exponentiel de cas” alors que les laboratoires chinois sont tous mobilisés.
  • 14 février (cas positifs 11 ; décès 0) : A. Buzyn annonce sur France Inter qu’elle ne sera pas candidate aux élections municipales.
  • 16 février (cas positifs 11 ; décès 0) : A. Buzyn annonce qu’elle sera candidate aux élections municipales. A ce moment précis, comme elle le dira plus tard dans le journal Le Monde, elle avait connaissance de l’imminence de la ”vague”. Elle laisse donc le ministère de la Santé et les dossiers urgents à Olivier Véran qui n’a jamais été ministre. Deux jours avant elle disait avoir “un agenda trop chargé” pour démissionner de son ministère, notamment à cause de la “crise du coronavirus”.
  • 19 février (cas positifs 12 ; décès 1) : alors que le risque de pandémie plane sur la planète, que tous les pays sont appelés à se préparer et que nous observons le premier décès sur le sol national, la France envoie dix-sept tonnes de matériel à la Chine (équipements médicaux, combinaisons, masques, gants, produits désinfectants…). Matériel qui aujourd’hui fait défaut.
  • 24 février (cas positifs 13 ; décès 1) : le gouvernement continue de s’emmêler les pinceaux. O. Véran, lors de son point presse quotidien annonce la présence de “stocks stratégiques (de masques) dans les hôpitaux, dans un très grand nombre de cabinets libéraux et dans un grand nombre de services de l’Etat qui nous permettent de faire face à la demande (…) il n’y a donc aucun problème d’accès à ces masques pour toutes celles et ceux qui en ont besoin”.

Le problème c’est qu’O. Véran aurait dit le contraire le jour même au président du syndicat des médecins généraux, Jacques Battistoni. Interrogé par CheckNews, le généraliste raconte : «Il n’y a pas de stock de FFP2, Olivier Véran me l’a confirmé lundi».

Toujours le 24 février alors que l’Iran est fortement touché par l’épidémie, une journaliste de France 24 partage son étonnement sur twitter sur l’absence de contrôle médical et sanitaire des voyageurs arrivant d’Iran à l’aéroport de Roissy. La réponse des autorités compétentes fait mention de l’application d’apparentes “mesures spécifiques” et de “mesures sanitaires”. Quelles sont-elles ?

  • 25 février (cas positifs 13 ; décès 1) : les experts de Science commencent à mentionner le terme de pandémie, ces mêmes experts montrent qu’en Chine c’est le confinement général qui a permis d’endiguer l’épidémie.

Le même jour, lors d’une interview sur RTL, O. Véran affirme qu’il n’y a plus aujourd’hui, de malades en circulation en France. Un instant plus tard dans la même interview, à la question de savoir combien de personnes sont contaminées sur le sol national O. Véran assure qu’il est impossible d’y répondre se contredisant tout seul en l’espace de quelques minutes. Vidéo à visionner ci-dessous :

Malgré le terme de pandémie et la menace d’une gravité mondiale, le match de la Ligue des Champions entre l’Olympique Lyonnais et la Juventus à Lyon est maintenu. Ainsi, 3000 supporters italiens sont autorisés à assister au match. La veille, O. Véran se justifiait alors sur RTL : “aucun argument scientifique et médical aujourd’hui ne nous conduit à arrêter des événements collectifs parce que le virus n’est pas circulant en France et parce que les cas sont circonscrits en Italie”. O.Véran justifie donc la tenue du match en disant que le virus n’est pas circulant en France tout en disant qu’il est impossible de savoir combien de personnes sont contaminées sur le sol français. Limpide. Vidéo à apprécier ci-dessous :

Au jour du 26 février, l’Italie, principalement du nord, compte 400 cas de Covid-19 et 12 décès.

Source : rapport quotidien de la protection civile italienne (données à 18 h à partir du 24 février) :

  • 27 février (cas positifs 38 ; décès 2) : l’après-midi, à l’issue d’une réunion à Matignon avec les chefs de partis, Edouard Philippe déclare “Je veux rassurer les Français(…)il n’y a lieu ni d’avoir peur, ni d’être négligent”, tempère-t-il. Le même jour, il annonce la commande de 200 millions de masques de protection pour pallier la pénurie qu’O.Véran nie depuis le début.

E. Macron lui, annonce “une épidémie qui arrive..”.

Il n’existe en ce jour du lundi 27 février aucun consensus parmi les trois hommes centraux du gouvernement.

Crédit photo : Ludovic MARIN / POOL / AFP
  • 29 février (cas positifs 100 ; décès 2) : le lendemain du passage au “stade 2” de l’épidémie E. Macron préside un conseil de ministre consacré au coronavirus. Sur le site de l’Elysée il est expliqué qu’“après avoir échangé avec les professionnels de santé, Emmanuel Macron réunit aujourd’hui un Conseil de défense suivi d’un Conseil des ministres pour mobiliser tous les moyens de protéger les Français”. Pourtant, au sortir de ce Conseil de Défense, E. Philippe annonce l’utilisation du 49–3 pour la réforme des retraites mais aucun dispositif sanitaire en lien avec le coronavirus. Pire, sur le site de l’Elysée, dans le compte-rendu de ce conseil ministériel nous pouvons lire que “les élèves en retour de Lombardie et de Vénétie (régions fortement touchées) vont pouvoir retourner a l’école’’. Que “personne n’a besoin de porter un masque si un médecin ne demande pas d’en porter’’, que “se précipiter sur les pharmacies pour demander un masque peut créer une pénurie’’ et que ‘’des instructions vont être données aux pharmacies de ne pas délivrer de masque, sauf sur indication’’.

Le même jour, nous apprenons que les militaires de la base aérienne de Creil dans l’Oise qui sont allés chercher les expatriés en Chine n’ont pas été mis en quarantaine mais ont bénéficié de permissions après leur retour de mission en territoire infecté. Ainsi, les militaires de l’escadron Esterel qui sont allés à Wuhan n’auraient pas été placés en quarantaine “ seulement en permission de quatorze jours à leur domicile, mais sans contrôle de leurs allées et venues, pas plus que celles de leurs familles ». L’Oise sera rapidement identifié comme un “cluster” par le ministère des Solidarités et de la Santé.

  • 1 mars (cas positifs 130 ; décès 2) : quinze jours après avoir quitté son ministère avec les éléments connus et transmis par l’OMS sur les mesures à prendre et la dangerosité du coronavirus. Quinze jours après avoir quitté son ministère malgré ce que nous apprendrons par le journal Le Monde, à savoir la connaissance de la vague, A. Buzyn déclare : “si j’étais maire [de Paris], je sais exactement les mesures que je prendrais en cas d’épidémie”. La question de savoir pourquoi elle n’a rien fait en tant que ministre brûle donc les lèvres.

C’est également le même jour que nous apprenons une nouvelle capitale. Marie Fontanel, la conseillère santé du président à l’Élysée qui avait quitté son poste le 31 janvier est remplacée par Anne-Marie Armanteras de Saxcé. Ce poste clé en pleine épidémie naissante est resté vacant pendant un mois.

  • 2 mars (cas positifs 191 ; décès 3) : la revue scientifique Science présente un rapport qui révèle que les chinois ont réussi à endiguer l’épidémie en demandant à toute la population des clusters de porter des masques en parallèle d’une rapidité de dépistage et de traçage. Le même jour, Sibeth Ndiaye, la porte parole du gouvernement déclare sur France Info qu’il n’y a pas “à ce stade d’épidémie au sens médical du terme”.

Dans le même temps, les écoles sont fermées dans l’Oise, clusters des Haute-Savoie mais pas ailleurs sur le territoire. Les marchés sont fermés mais pas les supermarchés. L’Obs décrit ces mesures comme un “casse-tête”.

  • 4 mars (cas positifs 285 ; décès 4) : pour justifier ce “casse-tête” S. Ndiaye toujours, déclare sur France Inter qu’on ne ferme pas toutes les écoles de France lorsqu’il y a une épidémie de grippe, qu’il y a des stocks de masques, qu’il n’y a pas de risque de pénurie, que tout le monde n’en portera pas car de toutes façons ils ne sont pas intégralement efficaces et qu’il faut évidemment aller voter.
  • 6 mars (cas positifs 613 ; décès 9) : Brigitte et Emmanuel Macron vont au théâtre pour “inciter les gens à sortir malgré le coronavirus”. Incompréhensible.
  • 9 mars (cas positifs 1412 ; décès 25) : O.Véran annonce sur BFM TV que la grippe passe généralement avec les beaux jours car les gens sortent et ouvrent les fenêtres. Pour le ministre de la santé français qui confond grippe et coronavirus, le confinement provoque la circulation du virus. L‘OMS somme pourtant déjà les pays Européens à confiner leur population pour endiguer l’épidémie.
  • 12 mars (cas positifs 2876 ; décès 61) : Jean-Michel Blanquer déclare sur France Info que le gouvernement n’a jamais envisagé la fermeture totale des écoles car cela semble “contre productif”. Le journaliste lui demande si ce n’est pas envisageable de fermer les écoles même en cas de stade 3 ? Réponse du ministre : “ ce n’est pas notre modèle”.

Le même jour A. Buzyn déclare que “le système de santé (français) est robuste et bien préparé”.

Toujours le même jour E. Macron annonce la fermeture des écoles, crèches, collèges, lycées et universités jusqu’à nouvel ordre contredisant directement et le jour même son ministre de l’Éducation Nationale.

  • 15 mars (cas positifs 5423 ; décès 127) : malgré la pénurie de gel hydro-alcoolique et de masques sur le territoire et la présence du virus, malgré la fermeture de toutes les écoles, crèches, collèges, lycées et universités jusqu’à nouvel ordre le gouvernement maintient le premier tour des élections municipales et appelle quarante-huit millions d’électeurs à aller voter au premier tour des municipales dans les 35.000 communes françaises. Ces élections se déroulent dans un climat de haut risque de contamination et offrent au virus une occasion de se répliquer en masse. Elles se déroulent évidemment avec un taux exceptionnellement haut d’abstention (55,25%) ou près d’une personne sur deux n’est pas allée voter.
  • 16 mars (cas positifs 6633 ; décès 148) : E Macron annonce le confinement général le lendemain dans une allocution télévisée et revient sur le maintien des élections municipales en ces termes : “le jeudi, un consensus scientifique et politique s’est formé pour maintenir le premier tour des élections municipales”. Il est cependant difficile d’imaginer que toutes les voix scientifiques et politiques se sont portées pour un maintien des élections municipales puis en l’espace d’une nuit pour un confinement général de la population. La situation virale étant pratiquement identique à la veille, à savoir grave. Le maintien des élections municipales reste un élément trouble dans la gestion gouvernementale de la crise.

Le même jour, l’OMS qui nomme la situation actuelle comme « une crise sanitaire majeure de notre époque » appelle à un dépistage massif du coronavirus. En effet, l’OMS préconise en urgence un dépistage pour chaque cas symptomatique contrairement au gouvernement français qui cible uniquement les personnes à risque.

  • 17 mars (cas positifs 7730 ; décès 175) : A. Buzyn déclare au journal LeMonde : « Quand j’ai quitté le ministère je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu (…) on aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade ». A. Buzyn reconnaît donc avoir été en possession d’informations, avoir quitté son ministère en connaissance de cause et avoir engagé une campagne parisienne pendant l’imminence de “la vague du tsunami”. Pire, dans ce même entretien, face à la gravité des affirmations qui implique une crise sanitaire majeure à venir, A. Buzyn déclare : “je me demande ce que je vais faire de ma vie” se montrant davantage préoccupée par la suite de sa carrière que par les futures conséquences humaines et sociales de la crise imminente dont elle n’aura donc aucunement participé à enrayer.
Crédit photo : © AP Photo / Alain Jocard
  • 19 mars (cas positifs 10 995 ; décès 372) : nous apprenons qu’une circulaire du ministère de la Santé demande de limiter drastiquement les admissions en réanimation des personnes les plus fragiles. L’Agence Régionale de Santé s’exécute en rédigeant une note détaillée. Ce document à destination des professionnels de santé révèle les consignes claires de l’ARS Île-de-France sur les admissions en réanimation et le choix des patients à sacrifier, faute de moyens.
Source Le Média

L’ARS met à disposition une échelle de fragilité clinique pour aider le personnel soignant à la ”sélection” :

Toujours en ce jeudi 19 mars un collectif de médecins appelé C19 annonce son intention de porter plainte contre l’ancienne ministre de la santé, A. Buzyn, et le premier ministre, E. Philippe, devant la Cour de Justice de la République, estimant que ces derniers « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer ». Leur initiative est appuyée par une pétition en ligne écrite le 21 mars qui a déjà recueilli 500 000 signatures en trois semaines.

Enfin, pour le jeudi 19 mars nous pouvons lire que « l’imprévoyance du gouvernement et de l’administration française a été totale » et les autorités « auront des comptes à rendre », pour Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF).

  • 20 mars (cas positifs 12 612 ; décès 450) : le secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez interrogé par Laurent Delahousse sur France 2 affirme qu’il ne manque pas de masques sur le territoire, aussi bien dans les hôpitaux publics que dans les EHPAD.

Pourtant, le même jour le journal Ouest France titre : “La France dispose « d’un stock nul » de masques FFP2 alors qu’elle en comptait environ 700 millions il y a dix ans. Comment en est-on arrivé là ? Explications sur le manque de masques qui se fait cruellement sentir”.

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-penurie-de-masques-comment-en-est-arrive-la-6786911

Encore le même jour, E. Macron déclare avec ironie féliciter ”tous ceux qui avait prévu les éléments de la crise avant même que la crise ait eu lieu”.

  • 25 mars (cas positifs 25 233 ; décès 1331) : le conseil d’État est saisi à plusieurs reprises par des soignants qui souhaitent obliger l’exécutif à prendre des décisions qui leur semble nécessaires et urgentes. Deux jours avant, le juge des référés du conseil a donné 48 heures au gouvernement pour qu’il durcisse les conditions de confinement, ce qui oblige E. Philippe à fermer certains marchés ouverts et à limiter les sorties à une heure par jour.

Toujours en ce mercredi 25 mars, S. Ndiaye déclare que « le président de la République n’est pas muni d’un masque, tout simplement parce qu’il n’y a pas besoin d’un masque quand on respecte la distance de protection vis-à-vis des autres ». Le soir même, E. Macron visite l’hôpital de campagne de Mulhouse, dressé par l’armée, avec le précieux masque FFP2 sur le visage.

Crédit photo: AFP
  • 26 mars (cas positifs 29 155 ; décès 1696) : création de l’association “Corona victimes”. Cette association “permettra à tous les citoyens de faire valoir leurs droits et de chercher à connaître la vérité sur ce qui apparaît comme un scandale d’État”.
  • 28 mars (cas positifs : 37 575 ; décès : 2314) : le gouvernement décide de suspendre les vols commerciaux à destination ou en provenance de Mayotte et de réduire à trois par semaine les liaisons entre Paris et La Réunion. Pour rappel, cette décision tardive implique une potentielle contamination des DOM-TOM où l’offre de soins est limitée (16 lits de réanimation pour 400 000 habitants à Mayotte…).
  • 3 avril (cas positifs : 64 338 ; décès : 5091) : le journal Le Point sort un article révélant que “depuis le 13 mars, le gouvernement dispose d’une solution pour augmenter considérablement les capacités de tests de la France. Mais rien n’a bougé”.

C’est également en ce jour du 3 avril que nous apprenons les décès de trois maires liés au coronavirus. Les symptômes de la maladie ont été ressentis quelques jours après le premier tour des élections municipales.

www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-france-trois-maires-sont-morts-depuis-le-premier-tour-des-municipales-6799211

  • 5 avril (cas positifs : 70 478 ; décès : 5889) : après une communication gouvernementale unilatérale expliquant que le port du masque est inutile, on observe un volte-face spectaculaire. Aujourd’hui, les acteurs du gouvernement préconisent un port massif du masque pour enrayer l’épidémie balayant de fait leur propre communication utilisée depuis janvier sur l’utilité du port du masque. Il est intéressant de voir que la communication du gouvernement sur le port du masque s’est adaptée au stock de masques. Ainsi, le port du masque est inutile en période de pénurie et devient primordial lorsque les commandes tardives commencent à arriver.
  • 7 avril (cas positifs : 78 167 ; décès : 10 328) : nous apprenons ce jour que les masques nécessaires au contrôle du virus, à la protection des soignants et des français sur le territoire arriveront fin juin.

Toujours en ce mardi 7 avril, après avoir nié les accusations, C. Castaner finit par admettre la réquisition soudaine et sans concertation de millions de masques à l’aéroport de Bâle-Mulhouse au détriment de commandes des collectivités locales. Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur parle même d’une terreur provoquée par l’Etat. Le gouvernement n’a pourtant jamais arrêté de complimenter le travail de ces collectivités et vanté un prétendu salutaire “travail en commun”.

  • 13 avril (cas positifs : 98 076 ; décès : 14 967) : malgré l’absence de politique de dépistage massif et de protections nécessaires (les masques seront livrés fin juin) et négligeant le fait que les élèves sont des vecteurs asymptomatiques du virus, E. Macron annonce la réouverture des écoles pour le lundi 11 mai. Cette décision est “tout sauf sérieuse” selon le principal syndicat de l’Education Nationale qui parle de “mise en danger”.

Par ailleurs, E. Macron a annoncé avoir été guidé par un comité scientifique dans cette prise de décision. Le rapport scientifique issu de ce comité a pour obligation d’être rendu public. Il est pourtant introuvable sur le site du ministère de la Santé. L’ordre national des Médecins quant à lui, s’oppose à la réouverture des écoles le 11 mai. Patrick Bouet, le président de l’Ordre dénonce “un manque absolu de logique” et affirme au nom des médecins que déconfiner le milieu scolaire reviendrait à remettre le virus en circulation.

  • 14 avril (cas positifs : 103 573 ; décès : 15 729) : en cette période de pénurie de masques et toujours en l’absence d’une politique de dépistage massif de la population pour enrayer l’épidémie, C. Castaner annonce 704 000 verbalisations pour non respect du confinement. Le gouvernement a donc les moyens pour effectuer des contrôles de masse et sanctionner les français mais n’est pas équipé pour les protéger du virus avec le matériel nécessaire.

Le même jour et après le discours d’E. Macron concernant la réouverture des écoles, le ministre de l’Education Nationale J-M. Blanquer annonce finalement que le retour à l’école ne sera pas obligatoire le lundi 11 mai. Cette annonce contradictoire participe encore s’il en était besoin à l’incohérence et à l’incertitude permanente qui accompagnent les décisions et les prises de positions gouvernementales depuis le début de la crise sanitaire dû au coronavirus. L’impression que la date du 11 mai a été posée au hasard se renforce.

  • 19 avril (cas positifs 112 606 : décès 19 718 ) : un avion cargo atterrit en France avec huit millions de masques et autres protections nécessaires à la lutte contre le Covid-19. Toutefois, cette commande est celle d’une entreprise privée et n’a rien à voir avec les commandes du gouvernement qui seront acheminées d’ici fin juin.
  • 23 avril (cas positifs 120 804 ; décès 21 856) : quelques semaines après l’annonce gouvernementale fracassante de la fabrication de 10 000 respirateurs nous apprenons finalement que 8 500 de ces appareils sont en réalité des “ventilateurs de transport léger et simple d’utilisation” totalement inadaptés à la prise en charge des malades du Covid-19. Le ministère de la Santé envoie même une note aux milieux hospitaliers précisant que les fameux respirateurs ne sont pas conçus pour une salle de réanimation où sont traités les malades à risques.

Le même jour, nous apprenons que le ministère de la Santé avait été alerté dès 2018, pendant le quinquennat d’E.Macron, du manque de masques. Dans la foulée une demande de reconstitution du stock de masques avait été demandée, elle fut ignorée.

Toujours en ce 23 avril, nous apprenons que des reponsables politiques dont Nicolas Dupont-Aignan, Alain Jacob, Adrien Quatennens, Marine Lepen et Olivier Faure ont affirmé n’avoir jamais été consultés sur la décision de maintenir les élections municipales. E. Macron parlait pourtant de consensus politique dans la décision de ce maintien.

Enfin, Bruno Le Maire annonce en cette journée du 23 avril que les entreprises basées dans les paradis fiscaux ne percevront pas des aides de l’état d’urgence sanitaire. Hélas, une fois encore, la réalité vient contredire les paroles d’un membre du gouvernement.

  • 26 avril (cas positifs 124 575 ; décès 22 856) : nous apprenons que le Conseil scientifique a recommandé la fermeture des écoles jusqu’en septembre mais qu’E. Macron n’en a pas tenu compte et a ordonné la réouverture des écoles à partir du 11 mai. Sur quelles bases E. Macron a décidé de rouvrir les écoles à cette date ? Ce même Conseil préconise le port du masque pour tous les collégiens et les lycéens pour des raisons médicales de sécurité.
Source BFM TV
  • 1 mai (cas positifs 130 185 ; décès 24 594) : l’annonce de la vente de masques dans les grandes surfaces entraine la colère chez les pharmaciens. Ils dénoncent l’impossibilité de distribuer des masques depuis le début et leur surprise face à l’apparition soudaine de millions de masques dans la moyenne et grande distribution. Si ces masques sont stockés depuis des semaines dans la distribution, pourquoi n’ont-ils pas été réquisitionnés pour le personnel prioritaire ?
Source LCI

Pourtant, le 3 mars dernier voila ce que déclarait E. Macron :

  • 4 mai (cas positifs 131 863 ; décès 25 201) : nous apprenons que le Sénat vote une loi pour amnistier le gouvernement des fautes commises durant la crise du COVID-19. Ainsi, cet amendement est destiné à dégager les membres du gouvernement de toutes responsabilités pénales et les protéger d’une procédure en justice.

Ce projet datant du 4 mai est à retrouver au complet ici : https://www.senat.fr/leg/pjl19-417.pdf

Voici l’extrait en question :

  • Le mois de juin est relativement calme. Peu de nouveaux cas sont à enregistrer sur le territoire, pas plus de 500 cas par jour sur tout le mois et un taux de positivité qui ne dépasse pas 1.5. Le port du masque devient obligatoire dans certains endroits uniquement (musées, bâtiments administratifs, lieux publics). Les consignes sont floues mais le gouvernement a fait savoir à la population de ne pas trop bouger pendant les vacances tout en levant les restrictions liées aux 100 kilomètres.

On enregistre donc une affluence exceptionnelle dans le sud de la France, notamment à Marseille, ville légèrement épargnée par le Covid-19 depuis janvier. Les nuitées touristiques françaises en juillet 2020 sont en hausse de plus de 16 % dans les Bouches-du-Rhône par rapport à 2019 et 43% des professionnels estiment une fréquentation en hausse à Marseille.

  • 2 juillet (cas positifs 166 378 ; décès 29 875) : la situation est toujours la même mais un rebond du virus commence à être discuté comme une éventualité. Les capacités hospitalières font l’objet de discussions. A-t-on appris de la première phase de la crise ? Le gouvernement peut-il cette fois anticiper un potentiel retour du virus ? Le confinement peut-il une nouvelle fois être décrété ? La politique de test est-elle au point ?
  • 10 juillet (cas positifs 170 752 ; décès 30 004) : Olivier Véran l’assure, la France est prête et préparée, la situation est sous contrôle.
BFM TV du 10 juillet
  • 14 juillet (cas positifs 172 888 ; décès 30 015) : Macron enfonce le clou quatre jours plus tard. La crise sanitaire semble chaque jour de plus en plus appartenir au passé.

Macron : “On a pris la mesure la plus radicale, la plus dure, qui était le confinement, et aussi la plus basique, avec des tas de conséquences. (…)Je ne le veux pas à nouveau pour le pays et donc nous sommes en train de tout faire pour éviter une nouvelle vague et pour avoir une approche différenciée si elle apparaissait, avec les masques, les tests. Et ensuite, si une nouvelle vague arrivait, d’isoler le plus localement possible et donc le plus vite possible.”

  • 17 juillet (cas positifs 174 674 ; décès 30 152) :Tout semble donc sous contrôle. Pourtant, une note du ministère de la Santé du 17 juillet évoque une hypothèse haute de 12.000 lits de réanimation mais qui serait conditionnée à une mobilisation de 24.000 infirmiers et de 10.500 aides-soignants supplémentaires. Or la note précise que ce personnel n’est tout simplement pas disponible ni dans le moment présent ni dans un moment futur.
  • 16 août (cas positifs 218 536 ; décès 30 410) : la moyenne hebdomadaire de nouveaux cas a quadruplé par rapport à juin et juillet. Le taux de positivité est passé de 1.5 entre juin et juillet à 2.71 en août et ne fait qu’augmenter. Pourtant, nous apprenons que le préfet de Vendée a permis au parc du Puy-du-Fou de dépasser la jauge maximale de 5000 personnes. 9000 personnes pourront donc se retrouver dans les gradins du parc.

Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond-Point, à Paris : “je ne veux pas donner crédit aux rumeurs, à savoir qu’Emmanuel Macron aurait donné un passe-droit à de Villiers (président du parc) par népotisme mais je ne comprends pas. Soit ce spectacle n’aurait pas dû se tenir, soit leur système si performant doit fonctionner pour tous les festivals.

  • 25 août (cas positifs + 248 158 ; décès 30 544) : les premières alertes sur un manque d’organisation concernant le dépistage arrivent.
L’Express du 25/08
  • Début septembre, tout augmente. Le nombre de cas (on passe la barre des 10 000 par jour), du taux de positivité (de 2 à 5 puis 6), d’hospitalisations et d’admissions en réanimation.

Pendant ce temps, le gouvernement essaye d’imposer l’idée par des effets d’annonce permanents que la situation serait parfaitement gérée par l’obligation de porter un masque pour les élèves et les professeurs en milieu scolaire notamment. Les retours du terrain montrent que les consignes sanitaires ne sont pas applicables dans un milieu scolaire fonctionnant à plein régime (EPS, cantine, ateliers, classes pleines).

Libération du 3/09

Le lendemain, on passe de 3 écoles fermées à 22.

Europe 1 du 4/09
  • 11 septembre (cas positifs 363 350 ; décès 30 893) : 1 million de tests hebdomadaires sont réalisés en France depuis la rentrée de septembre. Mais cette intensification de la politique de test n’a pas été organisée et entraîne par conséquent d’interminables heures d’attente dans des files gigantesques qui entraînent découragement, refus de se faire tester au bout de parfois 12 heures d’attente et inévitablement de la colère.

Les résultats de tests réalisés tombent parfois 15 jours après sans directive pour la personne testée, bien qu’elle ne sache pas sa situation virologique.

Numerama

L’engorgement des structures de soins qui testent n’a pas été anticipé par le gouvernement, malgré des effets d’annonces massifs des mois auparavant.

Medicalib

Le prélèvement salivaire pourrait permettre une rapidité d’exécution accrue et pallier la pénurie de personnel de santé pouvant réaliser le prélèvement nasal et prévenir la pénurie de matériel précieux qui risque de manquer à nouveau(masques, surblouses). Mais cette réalité se heurte au fait que les premiers essais cliniques pour valider la méthode des tests salivaires ne font que commencer en France : ni plus ni moins que huit mois après le début de l’apparition du virus.

  • 9 octobre (cas positifs 691 977 ; décès 32 630) : les alertes concernant l’impréparation de l’Etat face à la nouvelle crise qui arrive sont légions. Beaucoup de médecins montent au créneau et s’alarment de la situation.

Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine) : “Le constat avait pourtant été fait lors de la première vague : il y avait une nécessité à revoir la capacité des lits de réanimation en France. Là, en pleine marée montante, on ne peut que déplorer que rien n’ait été fait. Après la première vague, le gouvernement est revenu à une logique budgétaire, de réduction de la masse salariale. Nous n’avons donc aucun levier pour trouver du renfort, car toutes les régions sont aujourd’hui touchées”.

Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou : “Huit mois plus tard, on se retrouve en pénurie de lits de réanimation. Il y a toujours 5.000 lits de réanimation, pas plus qu’en mars. Il n’y a pas plus de moyens”.

Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers : “Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui nous avons moins de lit et moins de personnel qu’en janvier. On est dans une situation où les plans d’économie ont repris dans les hôpitaux, on continue à fermer des lits, y compris des lits de réanimation”.

Jean-François Timsit, chef du service de réanimation de l’hôpital Bichat à Paris : “Là on est saturé, on a ouvert des lits supplémentaires, on a déprogrammé des blocs opératoires. On ne sait pas comment s’en sortir ni au niveau de la réanimation, ni au niveau de la salle”.

  • 13 octobre cas positifs 756 472 ; décès 32 933) : la mission d’évaluation de la gestion de la crise du coronavirus mandatée en juin par Emmanuel Macron rend son rapport ce jour. Elle pointe des “défauts manifestes d’anticipation, de préparation et de gestion” dans les aspects sanitaires. La disponibilité des masques, le déploiement des tests, la coordination entre les différents acteurs et l’absence de prévention sont les principaux points faibles pour le groupe d’experts.
  • 28 octobre (cas positifs + 1 million ; décès 35 785) : Emmanuel Macron annonce un reconfinement national pour 4 semaines. Il l’annonce entre autres avec ces mots : “Un effort colossal a été fait de formation, d’investissement. Mais il n’est pas suffisant face à cette vague. La deuxième vague sera plus meurtrière que la première”.

« Nous serons prêts en cas de deuxième vague», ces mots du président datant de juillet résonnent encore dans toutes les têtes. Cette situation donne évidemment une étrange impression de “déjà-vu”.

Fin de la première partie !

⭕️Le succès de cette première partie de la chronologie a inspiré “Agonie”, un ouvrage retraçant les dates marquantes et reprenant des témoignages inédits de l’impensable première phase de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement français. Retrouvez cet ouvrage ici ainsi qu’un extrait ici ou dans cette vidéo de l’émission 39.9⭕️

N’oublions jamais !

Pour la suite de la chronologie, rendez-vous sur la version 2021 ci-dessous, vous verrez, le scandale ne s’arrête jamais.

Parlons-en sur Twitter

Chronologie d’un scandale d’État : les faits dépassent toujours la fiction (deuxième partie 2021)

Après la première partie de la chronologie, je vous invite à consulter cette deuxième phase de la gestion de la pandémie sur le sol français par le gouvernement français. Après le fiasco de la première étape de crise sanitaire, nous aurions pu croire à une meilleure anticipation de la part du gouvernement, une meilleure gestion par l’apprentissage des erreurs, des manquements. Nous aurions pu croire à une nouvelle manière de gérer la crise, exemptée de mensonges, de mesures incohérentes et tardives. Nous aurions pu espérer une nouvelle manière de gérer la crise par transparence, sollicitations, consultations des experts et non plus une gouvernance par un seul homme erigé au rang ridicule de génie. Hélas, ce n’est pas comment les choses se sont passées et comment les choses continuent de se passer. Je laisse les dates et leurs significations parler d’elles-mêmes.

Bonne lecture.

Fred Sochard
  • Début janvier (cas positifs + 4 millions ; décès 64 964 ; personnes vaccinées : 416) : Au sortir des fêtes, la situation sanitaire est une des meilleures d’Europe. L’explosion redoutée de Noël n’a pas eu lieu. Le couvre-feu montre progressivement son inefficacité depuis début décembre.
  • 8 janvier (cas positifs + 2.7 millions ; décès 67 431 ; personnes vaccinées 82 751) : Nous apprenons que le gouvernement français fait appel à un cabinet de conseil américain privé concernant la stratégie de vaccination. Nous apprenons que ce cabinet est rémunéré entre 13 000 et 16 000 euros par jour de conseil. Les 250 préfets, 42 ministres, le haut commissaire au plan, Santé Publique France, la Haute Autorité de Sant et les ARS sont mis de côté pour la stratégie vaccinale, au profit des onéreux conseils de McKinsey.
  • Mi-Janvier (cas positifs + 2.8 millions ; décès 70 091 ; personnes vaccinées 405 687) : A partir de la mi-janvier on commence à constater un décalage. Les cas chutent dans presque tous les pays d’Europe mais pas en France, où une hausse lente mais sure peut s’observer. Notons que les pays d’Europe qui parviennent à contenir la hausse de cas sont les pays qui ferment leurs écoles. Comme l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande, l’Irlande du Nord et le pays de Galles, Portugal, l’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas.
Carte du 24 janvier

C’est à ce moment là que l’idée du confinement est posé sur la table. L’arrivée de variants rend possible une catastrophe sanitaire dès février.

  • 16 janvier (cas positifs + 2.8 millions ; décès 70 142 ; personnes vaccinées 425 990) : le gouvernement instaure un couvre feu généralisé.
Gouvernement.fr
  • 24 janvier (cas positifs + 3 millions ; décès 73 049 ; personnes vaccinées 1 099 781) : Un 3e confinement est dans tous les esprits. Le gouvernement pose cette alternative sur la table. Dans le même temps, Delfraissy assure que la France ne pourra pas y échapper.
BFM TV du 25/01
La Une du JDD, le 24/01
  • 27 janvier (cas positifs + 3 millions ; décès 74 456 ; personnes vaccinées 1 379 203) : la commission d’enquête sur la gestion de la crise sanitaire est soudainement dissoute par les députés LREM. Cela provoque une mini crise politique et l’inquiètude des députés de l’opposition qui accuse la majorité présidentielle d’agir dans l’opacité et le musèlement du Parlement et de la démocratie.

Du côté des Républicains : “Le gouvernement veut arrêter la mission, ce qui priverait l’Assemblée nationale de tout pouvoir de contrôle et d’information sur la crise sanitaire”.

du parti Socialiste : “La majorité de la République en marche abîme la démocratie”.

du parti Communiste : “La crise sévit toujours et le gouvernement décide seul. L’Assemblée nationale est entravée”.

de la France Insoumise : “Ils détruisent la démocratie parce qu’ils ont peur de rendre des comptes. Le macronisme est un autoritarisme”.

Cette mission de contrôle parlementaire avait pour objectif d’assurer un suivi continu de la gestion de la pandémie. Le rapport dressait par ailleurs un constat accablant pour le gouvernement et sa gestion de la crise sanitaire.

  • 29 Janvier (cas positifs + 3 millions ; décès 75 875 ; personnes vaccinées 1 588 898) : A l’issue d’une semaine décisive, qui conditionne sans doute la situation du mois de mars/avril, et qu’un confinement était sans aucun doute sur le point d’être annoncé, Jean Castex affirme de manière innatendue que le confinement n’est finalement pas à l’ordre du jour.

Que s’est-t-il passé pendant cette fameuse semaine qui pourrait expliquer ce revirement ?

Macron a étudié les modélisations des équipes de l’INSERM et de l’Institut Pasteur pour les mois à venir. Les modèles prévoyaient une hausse immédiate de cas, chose qui n’est pas arrivé dans l’instant. Macron en a conclu que les modèles étaient faux et il s’est opposé aux scientifiques.

Pourtant, dans le rapport de l’INSERM, on pouvait y voir clairement que : “Dans le meilleur des cas (R=1 pour la souche classique, variant 50% plus contagieux), le variant anglais devient dominant en France mi-mars. Dans le pire (R=1,1 pour la souche classique, variant 70% plus contagieux), il domine dès fin janvier.

Macron avait en tête un précèdent du mois d’octobre. Les modèles lui avait fait déclarer que 9 000 personnes allaient se retrouver en réanimation à la mi-novembre, chose qui n’est pas arrivée. 4 900 patients connaitrons la réanimation au pic de cette période.

Deuxième explication à ce revirement, que nous pouvons voir sous des considérations davantage électorales.

Pendant la semaine du 25 janvier, les mesures prises dans cette pandémie commencent à subir le feu des critiques et mobiliser l’attention médiatique. Dans le même temps, des émeutes contre les restrictions sanitaires éclatent aux Pays-Bas et ailleurs en Europe. Ce n’est pour ainsi dire pas un moment idéal pour quelqu’un qui vise une réélection d’incarner le décisionnaire d’un confinement synonyme de tous les maux.

Les modélisations des scientifiques n’apparaissant pas dans l’instant immédiat, il serait difficile d’imposer un confinement à la population. Le gouvernement invente donc un concept pour commencer à labourer le terrain sur la communication pour faire volte face : le “confinement préventif”.

Prenant l’exemple des premiers et deuxièmes confinements, décrétés en catastrophe à chaque fois, ce terme peut faire sourire et surtout ajouter à la vision d’un gouvernement totalement perdu.

  • 1 février (cas positifs + 3.2 millions ; décès 76 512 ; personnes vaccinées 1 676 001) : depuis l’instauration du couvre-feu à 18h, les services de police ont procédé à 60 000 verbalisations en 15 jours.
BFM TV du 01/02
  • 6 février (cas positifs + 3 millions ; décès 78 794; personnes vaccinées 1 983 259) : McKinsey, le cabinet de conseil privé engagé par Macron pour piloter la stratégie vaccinale en France doit payer 573 millions d’euros après décision de justice concernant 47 états aux USA. Le Cabinet est coupable d’avoir participé à la crise des opiacés qui a fait 500 000 morts aux USA en plusieurs années. L’information est donnée par le procureur général de Californie en poste à ce moment-là. Pour rappel, McKinsey conseillait aux laboratoires pharmaceutiques de proposer à leurs clients victimes d’overdoses des rabais sur des produits responsables d’overdoses.
  • 10 février (cas positifs + 3 millions ; décès 80 443 ; personnes vaccinées 2 166 578) : Macron surfe sur l’opportunité du mal être psychologique de la population pour se présenter en sauveur et se faire passer comme celui qui ne confinera pas la population contre les scientifiques. La presse parle donc d’un “pari” réussi.
France Inter, 10/02/2021
Le JDD, 10/02/2021
Le Figaro du 15/02/2021

Macron s’improvise donc épidémiologiste et part du principe que tous les modèles scientifiques se tromperont encore dans les prochains mois. Comme il semble monter en popularité, il déconnecte de la réalité.

  • 1 Mars (cas positifs + 3.7 millions ; décès 86 803 ; personnes vaccinées 3 108 111) : Macron s’enferme et persiste dans ses certitudes. Sans aucune compétence scientifique, il prédit que le variant anglais ne sera pas si terrible et que de toute façon, la France sera bientôt vaccinée. Le 1er mars, le président se lance dans une intervention demandant aux français de tenir.

Olivier Véran, le même jour au JT de France 2 essaye de rassurer la population en disant “croiser les doigts” pour que la situation s’améliore. Le gouvernement semble tout improviser d’une semaine à l’autre.

  • 15 Mars (cas positifs + 4 millions ; décès 90 762 ; personnes vaccinées 5 381 883) : En demandant aux français de tenir pour sauver sa tant souhaitée réélection Macron enfonce le pays dans l’absurde. Le gouvernement souhaite absolument éviter de reconfiner pour ne pas perdre l’honneur. D’autres pays fixent un seuil de reconfinement, comme l’Italie. En France, l’absurde peut se définir avec ce schéma que le journaliste Vincent Glad poste sur tweeter.
  • 18 mars (cas positifs + 4 millions ; décès 91 679 ; personnes vaccinées 5 823 993) : Le premier ministre Jean Castex annonce que l’Île-de-France passe en confinement total, ainsi que 15 autres départements.
  • 25 mars (cas positifs + 4 millions ; décès 93 378 ; personnes vaccinées 7 239 491) : A la fin d’un sommet européen, Macron en profite pour dire qu’il n’a “aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec”.

Un peu plus tôt dans la journée du 25 mars, Olivier Véran annoncait que trois nouveaux départements s’ajoutaient aux 16 autres déjà confinés et que 24 départements étaient placés en vigilance renforcée.

  • 27 mars (cas positifs + 4 millions ; décès 94 465 ; personnes vaccinées 7 776 353) : En deux mois, la situation sanitaire française s’est totalement renversée. L’Allemagne annonce durcir les conditions d’accès des Français sur son territoire. L’Espagne de son côté exigera un test PCR négatif à la frontière avec la France.
En rouge, la courbe française

La défense du gouvernement se base sur l’exemple Allemand où le déconfinement du mois de mars a causé une remontée des cas.

Sauf qu’en Allemagne, les hôpitaux ne sont pas surchargés. Rien qu’en Ile-de-France, on doit déjà déprogrammer 80% des opérations.

Et le cauchemar lui, continue…

  • 31 mars (cas positifs + 4.6 millions ; décès 95 640 ; personnes vaccinées 8 557 468) : Macron annonce un troisième confinement, la fermeture de toutes les écoles et d’autres mesures restrictives.
Live du 31/03
  • 1 avril (cas positifs + 4.6 millions ; décès 95 948 ; personnes vaccinées 8 847 329) : les mesures annoncées par Macron sont discutées ce jour à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Cet inversement de décisionnaire (l’exécutif décide et le législatif débat le lendemain, ce qui est normalement le contraire en démocratie) provoque une crise politique. Seule la majorité LREM-MoDem-Agir a voté pour l’application des nouvelles restrictions à l’Assemblée Nationale. Aucun député d’opposition n’a voté pour, zéro. Pareil au Sénat, ces nouvelles restrictions ont été approuvées par seulement 39 voix sur 348, après le boycott de la quasi-totalité des groupes qui dénoncent un manque de concertation.
Le 20 Minutes du 1 avril

→ Le même jour Olivier Véran fait un point sur la situation. Il annonce que le pic épidémique sera atteint fin avril. Incompréhensible, car le gouvernement a décidé de rouvrir les écoles fin avril également, donc en plein pic épidémique prévu par Véran.

France Inter du 1 avril

Toujours le même jour, Jean-Michel Blanquer, qui s’était fait contredire à 18 reprises pendant la première phase de la crise, continue de donner des informations partielles ou erronées. Le ministre de l’Education nationale annonce sur RTL le jeudi 1er avril que les centres aérés pourraient accueillir tous les enfants pendant les trois prochaines semaines.

Enfin le même jour, le gouvernement annonce que les 283 000 assistantes maternelles du territoire ne pourront plus travailler pendant la période.

Midi libre du 1/04
  • 2 avril (cas positifs + 4.7 millions ; décès 96 280 ; personnes vaccinées 9 135 607) : c’est le désordre au gouvernement, on rétropédale, on cafouille, on avance, on recule, on dit des choses qu’on infirme le lendemain. Deux élements particuliers viennent révèler l’absence totale de consensus au sommet de l’Etat.

Le premier sur les centres aérés : Juste après les annonces fausses de Blanquer, le ministère précise que les centres aérés ne pourront en fait acceuillir que les enfants “défavorisés”. Puis Jean Castex annonce que tout sera fermé sauf pour le public prioritaire, sans préciser qui est le public prioritaire. De nouveau contacté ce vendredi 2/04 par « l’Obs », le ministère de l’Education nationale annonce finalement que seuls « les enfants des publics prioritaires, et les enfants ou adolescents des quartiers prioritaires de la ville » pourraient être gardés dans les centres aérés.

Le deuxième sur les assistantes maternelles : après avoir provoqué la veille un tollé concernant les assistantes maternelles, le gouvernement est en plein cafouillage ce vendredi. Tôt le matin, Amélie de Montchalin promet que “le sujet des assistantes maternelles sera clarifié dans la journée”. Pendant ce temps à Matignon, un conseiller fait son mea culpa et reconnait avoir parlé trop vite. Adrien Taquet doit faire une visio-conférence avec des acteurs du secteur. C’est finalement en fin d’après-midi que l’information de la veille s’avère fausse et que le gouvernement annonce que les assistantes maternelles pourront finalement travailler.

Le même jour, un envoyé spécial de la chaîne M6 révèle que dans des quartiers aisés de la capitale, des soirées clandestines se tiennent avec obligation de retirer le masque et d’éviter les gestes barrières. Dans le reportage, l’organisateur d’un dîner illégal précise que des ministres viennent régulièrement profiter de ces soirées clandestines et qu’en “démocratie on fait ce qu’on veut”.

Pour Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, alors que les restaurants sont fermés depuis novembre 2020 et que des centaines de milliers de verbalisations au montant très elevées sont données à la population pour non respect du couvre-feu, il n’est aucunement question de démission concernant ces ministres.

Europe 1 du 04/04
Ouest France du 04/04

Visiblement, ces soirées clandestines avec ministres sont passées entre les mailles du filet.

  • 6 avril (cas positifs + 4.8 millions ; décès 97 273 ; personnes vaccinées 9 561 733) : Marlène Schiappa reconnaît que Gabriel Attal a reçu une invitation en un dîner clandestin et que ce dernier a refusé d’y aller.
France info du 6/04

Mais Gabriel Attal a-t-il respecté l’article 40 du Code de procédure pénale ?

  • 7 avril (cas positifs + 4.9 millions ; décès 97 444 ; personnes vaccinées 9 356 301) : alors qu’une tolérance avait été annoncée pour le week-end de Pâques, Darmanin annonce plus de 10 000 contraventions pendant cette courte période.
Europe 1

Dans le même temps, il annonce 2.2 millions de verbalisations en un an. L’Etat a donc récupéré 297 millions d’euros venant directement de la population pendant la crise sanitaire.

L’image marquante du week-end est celle-ci. On peut y voir 10 gendarmes entourant quatre baigneurs, ces derniers ayant tous été verbalisés à hauteur de 450€.

Midi Libre
  • 13 avril (cas positifs + 5.1 millions ; décès 99 294 ; personnes vaccinées 10 814 693) : la situation au Brésil est hors de contrôle depuis des mois (plus de 350 000 morts, une moyenne de 70 000 nouveaux cas et de 4 000 décès par jour pour avril) et cela ne fait qu’empirer.

Le variant brésilien est considéré comme plus mortel et plus dangereux que la souche initiale. Le neuroscientifique brésilien Miguel Nicolelis alerte la France sur Europe 1.

Europe 1, le 13/04

Tout comme le professeur Rémi Salomon trois jours avant.

Pourtant, depuis des mois, plus de 1 000 personnes en provenance du Brésil atterrissent sur le sol français bien que la situation dans le pays sud-américain soit connue. Alors qu’il faut agir au plus vite pour éviter un potentiel chaos en France, le Ministre délégué aux transports Jean-Baptiste Djebbari prétend qu’il est impossible de couper les lignes aériennes avec le Brésil malgrè le risque, compte tenu du droit international.

Face à la polémique grandissante causée par la molesse du gouvernement à anticiper une catastrophe, Jean Castex se décide enfin à couper les liaisons aériennes avec le Brésil.

BFM TV du 13/04

Le chef du gouvernement a eu des mois pour le faire, mais ce n’est que le 13 avril que les lignes aériennes avec le Brésil sont enfin suspendues.

Est-il déjà trop tard ?

Chronologie à suivre…

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Psychologue, essayiste

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